Le secteur de la santé au Vietnam : modernisation des hôpitaux, vieillissement démographique et nouvelles opportunités d’investissement

Le secteur de la santé au Vietnam : modernisation des hôpitaux, vieillissement démographique et nouvelles opportunités d’investissement
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Le secteur de la santé vietnamien entre dans une phase de transformation profonde. La croissance économique, l’augmentation du niveau de vie, le vieillissement progressif de la population et la demande croissante pour des soins de meilleure qualité poussent le pays à moderniser ses infrastructures médicales, ses équipements et son organisation sanitaire.

En 2024, les dépenses de santé du Vietnam ont dépassé 22 milliards de dollars, représentant environ 4,7 % du produit intérieur brut, selon les données présentées par l’International Trade Administration américaine. Cette progression devrait se poursuivre à mesure que le pays développe ses hôpitaux, renforce les soins de proximité et investit dans les technologies médicales.

Le Vietnam dispose déjà d’un système de santé relativement étendu et d’une couverture d’assurance maladie élevée. Néanmoins, d’importants écarts subsistent entre les grandes villes et les provinces, entre établissements publics et privés, ainsi qu’entre soins de base et traitements spécialisés.

La prochaine phase de développement devrait donc combiner modernisation des hôpitaux publics, croissance du secteur privé, prévention des maladies chroniques, numérisation des services et développement d’une industrie médicale locale.

Une demande de soins alimentée par les changements démographiques

Le premier moteur de croissance du secteur est démographique. Le Vietnam compte plus de 100 millions d’habitants, avec une classe moyenne en expansion et des attentes plus élevées en matière de qualité des soins.

Parallèlement, le taux de natalité diminue et la population vieillit. Cette évolution accroît les besoins liés aux maladies chroniques, aux soins de longue durée, à la rééducation, au diagnostic précoce et à la prise en charge des personnes âgées.

Les maladies non transmissibles, telles que les maladies cardiovasculaires, le cancer, le diabète et les maladies respiratoires chroniques, représenteraient environ 80 % des décès au Vietnam. Elles constituent désormais une charge plus importante que les maladies infectieuses traditionnelles.

L’hypertension illustre l’ampleur de ce défi. L’Organisation mondiale de la Santé estime qu’environ 18 millions de personnes au Vietnam vivent avec une tension artérielle élevée, dont une partie importante n’a pas encore été diagnostiquée ou correctement traitée.

Le cancer représente également une priorité croissante. Le cancer du foie demeure la première cause de mortalité par cancer dans le pays. Plus de sept millions de personnes seraient porteuses d’une hépatite B ou C, deux infections responsables d’une grande majorité des cancers du foie.

Ces tendances augmentent la demande pour les équipements de diagnostic, les traitements spécialisés, les services de prévention, la gestion des données médicales et les solutions de suivi à distance.

Un système hospitalier encore dominé par le secteur public

Le réseau hospitalier vietnamien reste très largement dominé par les établissements publics, qui représentent environ 76 % du nombre total d’hôpitaux. Ces établissements jouent un rôle essentiel dans l’accès aux soins, mais beaucoup sont confrontés à des équipements vieillissants, à un manque de personnel et à une surcharge chronique.

Les grands hôpitaux de Hanoï et de Hô Chi Minh-Ville accueilleraient jusqu’à 60 % des patients du pays et fonctionnent souvent au-delà de leur capacité initiale. Cette concentration s’explique par la perception d’une meilleure qualité des soins dans les centres nationaux et spécialisés, mais aussi par les limites des infrastructures provinciales.

De nombreux patients contournent ainsi les centres médicaux locaux pour se rendre directement dans les grandes métropoles. Ce phénomène allonge les délais d’attente, augmente les coûts pour les familles et renforce la pression sur les équipes médicales.

Le gouvernement cherche donc à améliorer la qualité des soins au niveau provincial, des districts et des communes. L’objectif est de permettre aux établissements locaux de traiter davantage de pathologies courantes et chroniques sans transférer systématiquement les patients vers Hanoï ou Hô Chi Minh-Ville.

Cette stratégie nécessite des investissements dans les bâtiments, les laboratoires, les systèmes d’imagerie, les soins intensifs, la formation du personnel et les plateformes numériques reliant les différents niveaux du système de santé.

Une croissance régulière des hôpitaux privés

Le secteur privé occupe une place croissante dans le paysage médical vietnamien. Le pays compte actuellement environ 384 établissements hospitaliers privés, représentant près de 24 % du nombre total d’hôpitaux. Toutefois, ils ne représentent qu’environ 5,8 % de la capacité nationale en lits.

Cette différence montre que la majorité des établissements privés restent de petite taille. Beaucoup sont spécialisés dans l’ophtalmologie, les soins dentaires, la dermatologie, la cardiologie, l’oncologie ou la médecine esthétique, avec souvent moins de 50 lits.

Les grands hôpitaux privés généralistes de plus de 100 lits demeurent relativement rares. Cette situation reste éloignée des ambitions inscrites dans le plan directeur du réseau de santé pour la période 2021-2030.

La croissance du secteur privé répond à plusieurs besoins. Une partie de la classe moyenne est prête à payer davantage pour bénéficier de délais d’attente plus courts, de chambres individuelles, d’une meilleure expérience patient et d’un accès à des médecins parlant anglais ou ayant une formation internationale.

Les investisseurs privés peuvent également contribuer à réduire la surcharge du secteur public, notamment dans les grandes zones urbaines et industrielles.

Le potentiel reste particulièrement important pour les hôpitaux multidisciplinaires, les centres de diagnostic, les maisons de retraite médicalisées, les centres de rééducation et les cliniques spécialisées dans les maladies chroniques.

Deux milliards de dollars dépensés chaque année à l’étranger

L’une des statistiques les plus significatives concerne le tourisme médical sortant. Le ministère vietnamien de la Santé estime que près de 40 000 patients vietnamiens dépensent environ deux milliards de dollars par an pour se faire soigner à l’étranger.

Singapour, la Thaïlande, la Corée du Sud, le Japon et certains pays occidentaux attirent notamment les patients à la recherche de traitements oncologiques, cardiovasculaires, orthopédiques ou de procédures médicales complexes.

Cette fuite de dépenses représente à la fois une faiblesse du système actuel et une opportunité importante pour les investisseurs.

Des établissements capables de proposer au Vietnam une qualité médicale comparable aux standards régionaux pourraient capter une partie de cette demande. Cela implique non seulement des équipements modernes, mais aussi une gouvernance hospitalière rigoureuse, une bonne communication avec les patients et des standards élevés en matière de sécurité.

Le développement de partenariats avec des groupes hospitaliers étrangers, des universités médicales ou des réseaux de spécialistes internationaux pourrait contribuer à renforcer la confiance des patients vietnamiens.

Un marché des dispositifs médicaux fortement dépendant des importations

Le marché vietnamien des dispositifs médicaux représentait environ 1,9 milliard de dollars en 2024. Il devrait progresser à un taux annuel moyen de 8,2 % entre 2024 et 2029, pour atteindre environ 2,8 milliards de dollars en 2029.

Cette croissance est soutenue par la modernisation des hôpitaux, le développement du secteur privé et la nécessité de remplacer une partie des équipements existants.

Environ 90 % des équipements médicaux utilisés au Vietnam sont importés. Les catégories les plus importantes comprennent les consommables, les systèmes d’imagerie médicale, les équipements dentaires, les produits orthopédiques, les prothèses et les dispositifs d’assistance aux patients.

La Chine, les États-Unis, le Japon, Singapour, la Corée du Sud et l’Union européenne figurent parmi les principaux fournisseurs. En 2023, la Chine, les États-Unis, le Japon, Singapour et l’Allemagne représentaient ensemble environ 59 % des importations vietnamiennes d’équipements médicaux.

Cette dépendance aux importations crée des opportunités pour les fabricants étrangers, mais elle expose aussi les établissements à la fluctuation des devises, aux délais logistiques et aux procédures réglementaires.

Les entreprises capables de combiner équipements fiables, maintenance locale, disponibilité des pièces détachées et formation du personnel disposent généralement d’un avantage significatif.

Les nouvelles priorités du gouvernement vietnamien

Le gouvernement vietnamien a engagé une réforme importante de sa politique de santé, avec un accent renforcé sur la prévention, les soins primaires, la transformation numérique et l’équité territoriale.

En décembre 2025, l’Assemblée nationale a adopté plusieurs mesures structurantes, dont une nouvelle loi sur la prévention des maladies, une loi démographique et un Programme national cible sur la santé, la population et le développement pour la période 2026-2035.

La nouvelle législation sur la prévention élargit l’action publique au-delà des maladies infectieuses. Elle intègre davantage les maladies chroniques, la santé mentale, la nutrition et les facteurs environnementaux.

Le programme 2026-2035 prévoit notamment de renforcer les soins de proximité, de protéger les populations vulnérables et de développer un système plus équitable et plus résilient.

Le gouvernement a également affiché l’ambition de progresser vers la gratuité de certains soins essentiels, tout en accélérant la transformation numérique du système de santé. L’investissement dans les services publics de santé et les centres médicaux locaux figure parmi les priorités annoncées.

Les centres de santé communaux devraient progressivement devenir la première ligne de prise en charge des pathologies courantes. Ils auront notamment un rôle plus important dans le diagnostic et le suivi de l’hypertension, du diabète et des maladies respiratoires.

Une couverture d’assurance élevée, mais des dépenses directes encore importantes

Le Vietnam a réalisé des progrès importants dans l’extension de l’assurance maladie sociale. En 2024, la couverture administrative aurait atteint environ 94 % de la population, puis environ 95 % selon les informations communiquées en 2025 par l’OMS.

L’objectif national est de maintenir une couverture supérieure à 95 % et de réduire progressivement la part des dépenses directement payées par les ménages.

Cependant, la couverture d’assurance ne garantit pas toujours une protection financière complète. Selon une étude de la Banque mondiale, les dépenses directes des ménages ont représenté plus de 40 % des dépenses de santé pendant une grande partie de la dernière décennie, malgré l’augmentation du nombre d’assurés.

Les patients continuent souvent à payer certains médicaments, dispositifs, examens ou services non couverts. Les ruptures de stock dans les hôpitaux publics peuvent également les obliger à acheter des produits à l’extérieur.

La modernisation du financement de la santé et l’amélioration de la gestion des achats publics seront donc essentielles pour réduire ces dépenses.

La santé numérique comme axe de modernisation

La transformation numérique représente l’un des axes majeurs de la réforme. Le Vietnam développe progressivement les dossiers médicaux électroniques, les consultations à distance, les prescriptions numériques et l’interconnexion entre établissements.

La télémédecine peut être particulièrement utile dans les zones rurales, montagneuses et insulaires, où l’accès aux spécialistes reste limité.

Les solutions numériques peuvent également améliorer la gestion hospitalière, le suivi des maladies chroniques, la planification des ressources et la détection des risques épidémiologiques.

Les entreprises étrangères peuvent apporter des technologies dans les domaines de l’intelligence artificielle médicale, de l’imagerie assistée, des logiciels hospitaliers, de la cybersécurité et de la gestion sécurisée des données.

Toutefois, les projets doivent être adaptés aux contraintes locales, notamment les infrastructures informatiques, les capacités de formation et les règles relatives au stockage des données personnelles.

Quelles opportunités pour les investisseurs étrangers ?

Les opportunités d’investissement dans le secteur vietnamien de la santé sont nombreuses, mais elles varient fortement selon les modèles économiques.

Une première catégorie concerne les hôpitaux et cliniques privés. Les besoins sont importants dans les grandes villes, mais aussi dans des centres urbains secondaires où la classe moyenne progresse rapidement.

Les services spécialisés offrent également un potentiel important : cancérologie, cardiologie, dialyse, orthopédie, rééducation, santé mentale, gériatrie et soins à domicile.

Une deuxième catégorie concerne les équipements médicaux. La forte dépendance aux importations ouvre des perspectives pour les fabricants de systèmes d’imagerie, de dispositifs de laboratoire, d’équipements de soins intensifs et de consommables.

Une troisième opportunité réside dans la production locale. Le Vietnam souhaite progressivement renforcer son autonomie dans les médicaments, les consommables et certains équipements médicaux. Des partenariats avec des fabricants locaux peuvent permettre de combiner technologie étrangère, coûts de production compétitifs et accès au marché régional.

Les technologies numériques, les services de maintenance, la formation médicale et les essais cliniques constituent d’autres domaines prometteurs. L’OMS a notamment encouragé le Vietnam à mieux exploiter le potentiel des essais cliniques afin d’accélérer l’accès aux médicaments, vaccins et équipements innovants.

Les principaux risques à anticiper

Malgré son potentiel, le marché vietnamien de la santé reste fortement réglementé. Les dispositifs médicaux doivent être classifiés et enregistrés auprès des autorités compétentes.

Le ministère de la Santé est responsable de la réglementation nationale, tandis que les dispositifs de classes A et B relèvent généralement des départements provinciaux de la Santé. Les dispositifs de classes C et D sont soumis à des procédures nationales plus exigeantes.

Les entreprises doivent également prendre en compte les appels d’offres publics, la déclaration des prix, les autorisations d’importation et les exigences relatives à la documentation technique.

La sélection du distributeur est déterminante. Un partenaire local doit être capable d’assurer l’enregistrement, la commercialisation, la formation des utilisateurs et le service après-vente.

Enfin, le prix reste un facteur important, en particulier dans les établissements publics. Les solutions étrangères doivent donc démontrer non seulement leur qualité, mais aussi leur coût total d’utilisation sur plusieurs années.

Un marché en transformation plutôt qu’une simple croissance quantitative

Le secteur vietnamien de la santé ne se développe pas uniquement parce que le pays compte davantage de patients. Il évolue vers un modèle plus complexe, combinant prévention, soins spécialisés, couverture universelle, numérique et services privés.

La demande existe à la fois pour des infrastructures hospitalières modernes, des équipements fiables, des médicaments, des technologies numériques et de nouvelles formes de prise en charge.

Pour les investisseurs étrangers, les meilleures opportunités seront souvent celles qui répondent à un besoin clairement identifié : réduire la surcharge des hôpitaux publics, améliorer le diagnostic, rapprocher les soins des populations ou remplacer des équipements obsolètes.

Le potentiel du marché est réel, mais une implantation réussie nécessite une compréhension précise de la réglementation, des circuits d’achat, des partenaires locaux et des attentes des patients vietnamiens. Dans le secteur de la santé, la crédibilité clinique, la qualité du service après-vente et la capacité à construire des relations durables restent aussi importantes que la technologie elle-même.