Apprenons à déjouer les fausses images en une heure chrono ! Un module de formation et d’auto-défense intellectuelle pour éveiller l’esprit critique des élèves de 3e PPM

(actualisé le ) par Anne Petit

Posons le cadre

Cette séance s’inscrit dans un dispositif coordonné par le CLEMI de Besançon : Résidence de journaliste auquel participe cette année, la classe de Troisième Prépa-Métiers du lycée Georges Colomb de Lure. Un projet mené en collaboration par Anne Petit, professeure-documentaliste et Isabelle Gavazzi, professeure en lettres-histoire, et qui a pour finalité la participation de la classe au Concours de Unes organisé par le CLEMI de l’académie de Créteil. Pour nous accompagner dans cette aventure médiatique, nous bénéficions des conseils et de l’expertise d’un journaliste de l’Est Républicain (PQR).

Une problématique informationnelle

Suite à l’actualité de ce début d’année et au travail d’analyse de dépêches de l’AFP lors de précédentes séances, de nombreux questionnements ont été soulevés par les élèves. Beaucoup nous ont fait part de leurs pratiques informationnelles à savoir s’informer via les réseaux sociaux, dont ils attribuent crédit et confiance. Suite à cet état des lieux, une parenthèse et une séance sur les fausses informations s’imposent ! Par souci de cohérence et afin de rester dans le cadre de la séquence, nous avons fait le choix de les faire réfléchir sur des supports visuels. Les questions du photojournalisme, du rôle de l’image dans une Une, du rapport texte/image, du droit de l’image, etc…ont été abordées précédemment.
Cette séance s’est bâtie au fil des publications glanées çà et là sur Twitter principalement, et grâce aux comptes incontournables tels que : @Observateurs @InfoInfoxF24 @AfpFactuel @decodeurs @CheckNewsfr pour ne citer qu’eux et constituant des ressources précieuses.

Nos intentions pédagogiques

Il s’agit d’accompagner les élèves dans leurs pratiques numériques et d’éveiller les consciences quant aux fausses images (dont les photomontages) qui circulent sur les réseaux sociaux. En outre, ils sont confrontés à une masse d’images et ne savent pas toujours les interpréter, ni démêler le vrai du faux. Cette séance vise à les situer dans cette posture de questionnement via une première situation problème.

Quelle thématique de travail ?

Si la thématique du coronavirus a rapidement germé, nos échanges nous ont conduit vers celle des incendies en Australie, de façon à introduire posément de nouvelles notions liées à l’Education aux Médias et à l’Information, proposer un contenu en adéquation avec le niveau des élèves, éveiller les consciences voire soulever de futurs débats sur l’actualité du moment lors de prochaines séances.

Une démarche d’investigation sur fond ludique

Cette séance ne se définit pas comme un jeu pédagogique en tant que tel. Seuls quelques ressorts de la ludification ont été utilisés ici comme les badges « équipe » afin de constituer les trinômes, un chronomètre pour imposer un cadre temporel, gérer le déroulé de la séance et apporter aussi une pression supplémentaire aux investigateurs quant à réalisation de leur mission, dont l’objectif est de déconstruire les fausses images au plus vite. La démarche d’investigation est privilégiée. A la manière des Observateurs, les élèves sont invités à démêler le vrai du faux et apposer le tampon INFO ou INFOX, après analyse de leur publication respective. Ils doivent faire preuve d’esprit critique, débattre et se mettre d’accord, vaste programme.

Les compétences en Education aux Médias et à l’Information dans le Socle Commun de Connaissances, de Compétences et de Culture

« (...) Dans une société marquée par l’abondance des informations, les élèves apprennent à devenir des usagers des médias et d’Internet conscients de leurs droits et devoirs[..], à identifier et évaluer, en faisant preuve d’esprit critique, les sources d’information à travers la connaissance plus approfondie d’un univers médiatique et documentaire en constante évolution. Ils utilisent des outils qui leur permettent d’être efficaces dans leurs recherches. Il s’agit pour eux de comprendre ce monde afin de pouvoir décider et agir de façon responsable et critique à l’échelle des situations du quotidien et plus tard à une échelle plus large, en tant que citoyens. »

  • Domaine 1 : les langages pour penser et communiquer
    Comprendre, s’exprimer en utilisant la langue française à l’oral et à l’écrit
    "(...) L’éducation aux médias et à l’information aide à maîtriser les systèmes d’information et de communication à travers lesquels se construisent le rapport aux autres et l’autonomie".
  • Domaine 2 : les méthodes et les outils pour appendre
    (...) L’éducation aux médias et à l’information [...] pousse à s’interroger sur la fiabilité, la pertinence d’une information, à distinguer les sources selon leur support.
  • Domaine 3 : la formation de la personne et du citoyen
    "(...) L’éducation aux médias et à l’information oblige à questionner les enjeux démocratiques liés à l’information journalistique et aux réseaux sociaux".
  • Domaine 5 : les représentations du monde et de l’activité humaine
    Ils apprennent aussi à utiliser des outils de communication en opérant notamment une distinction, absolument nécessaire, entre espace privé et espace public, en comprenant que les médias véhiculent des représentations du monde qu’il faut connaitre et reconnaître".

Les objectifs :
- Acquérir un esprit critique,
- Débattre, échanger, respecter la parole de l’autre,
- Comprendre ce que sont les fausses images, comment elles sont construites, se propagent et comment les déjouer,
- Découvrir un outil pour vérifier la fiabilité d’une image,
- Définir des conseils pour vérifier les images sur Internet.

Les compétences mobilisées :
- Justifier ses réponses, exercer un jugement, argumenter,
- Découvrir des représentations du monde véhiculé sur les réseaux sociaux,
- Savoir chercher et analyser l’information, travailler en équipe, communiquer.

Le déroulement : étape par étape

  1. Accueil du groupe classe
  2. Présentation de l’activité et des objectifs de la séance via un support dédié
  3. Première situation problème avec la projection d’un tweet « renversant » où il est question d’interprétation (distinguer ce qui est objectif de ce qui est subjectif)
  4. Émergence d’une problématique par les élèves reliée à leurs pratiques informationnelles : peut-on faire confiance aux images postées sur les réseaux sociaux ?
  5. Contextualisation et définition : visualisation de la video de France 24 explicitant la notion d’infox à travers un panel d’exemples
  6. Focus sur le site d’actualité participatif : les Observateurs et la démarche de ce média
  7. Annonce de la mission grâce à une vidéo-consigne
  8. Constitution des équipes et distributions des badges « Investigateurs »
  9. Réalisation de la tâche complexe : dans l’espace informatique du CDI sont affichés six posters présentant un post (image + commentaires) publié sur les réseaux sociaux, complété d’un espace d’expression. Par équipe de trois et durant 25 minutes, les élèves observent puis analysent chaque post, complètent les posters de leurs hypothèses et informations. Pour les accompagner, une grille d’analyse leur est proposée. Ils se doivent d’argumenter leur réponse avant d’apposer le tampon VRAI ou FAUX.

Lire (des images), écrire et dire : partager sa réflexion

La séance se clôture par une présentation du travail d’investigation des équipes en plénière. Cette étape de retranscription offre l’occasion à chacun de d’exprimer et prendre la parole selon un temps défini. Une vérification ultérieure (lors d’une prochaine séance) permettra de valider ou invalider l’analyse faite a priori, avec l’utilisation d’un outil de vérification. Cette dernière phase se fait par échange des productions, et esquisse le travail indispensable et la démarche des journalistes (du site les Observateurs). La conception d’un poster commun et informatif sur « comment vérifier de fausses images sur les réseaux sociaux ? » est au programme, qui fera l’objet d’une publication sur le site du lycée.

Et après ?

Un escape game pédagogique Alt aux inFAUXes conçu dans le cadre des TraAM EMI 2018-19, viendra vérifier les acquis des élèves et mettre leur esprit critique à rude épreuve avec de nouvelles info/infox. Les élèves devront remonter à la source de l’information et tenter de gagner une place à la rédac’.

L’accès au dossier

Vous retrouverez ici l’ensemble des documents et ressources utilisés pour élaborer cette séance : les fiches descriptives, le support de présentation de l’activité, les badges, les grilles d’analyse des publications, les images, la boîte à outils, une liste du matériel par équipe.

En conclusion

Ce module de formation et d’auto-défense intellectuelle se propose d’éveiller le regard critique des élèves, en sachant que celui-ci n’est jamais acquis mais se construit sur la durée et se réactualise. Dans les sociétés d’informations, la capacité à décoder et décrypter les images relève d’un apprentissage nécessaire et constitue l’une compétence et un enjeu citoyen du XXIe siècle. Une image se lit, s’interprète, s’analyse. Elle est manipulable. Il est important de faire comprendre aux élèves comment une information par l’image se construit, de les initier à ne pas s’en tenir à l’image, mais à faire appel à l’ensemble des médias pour s’informer sur un fait d’actualité, afin qu’ils deviennent des utilisateurs avertis. Si l’Education aux Médias et à l’Information est au cœur de nos pratiques pédagogiques, l’émergence de nouveaux formats médiatiques relayé sur les réseaux sociaux questionne la gestion de la désinformation.


Source de l’infographie : Former l’esprit critique des élèves, Eduscol.


Source de l’infographie : #5c21 Cinq compétences clés pour le 21e siècle (Romero M., 2016)