Parution : « A l’école du partage : les communs dans l’enseignement »"

par Hélène Mulot, Marion Carbillet

Nous vous annonçons la sortie de notre ouvrage « A l’école du partage : les communs dans l’enseignement » chez C&F éditions. Il s’adresse en priorité aux professeurs et professeures documentalistes, et plus largement à tout enseignant qui souhaite mener des séances en ÉMI au collège, en charge de l’ICN (enseignement d’informatique et création numérique) ou du nouvel enseignement, sciences numériques et technologie en seconde à la rentrée 2019 au lycée. Nous y abordons les multiples questionnements qui ont trait à la culture numérique, à la forme scolaire (la salle de classe), à la coopération et à l’apprenance (curiosité et motivation à apprendre) qui peuvent intéresser toute personne travaillant au contact d’enfants et d’adolescents et adolescentes.

L’ouvrage est conçu à partir de notre pratique professionnelle et de nos réflexions sur les questionnements développés dans les champs scientifique et professionnel, alimentés notamment par l’ensemble des entretiens que nous avons menés ces dernières années sur le site Doc pour Docs.

Chaque chapitre de l’ouvrage se divise en une partie réflexive et une partie pratique qui présente les séances pédagogiques que nous avons expérimentées.

Chapitre I Le web. Nouveaux modes de partage de l’information
 
Chapitre II La presse et les médias : s’engager pour une information de qualité
 
Chapitre III La copie : Au cœur du patrimoine culturel
 
Chapitre IV Les savoirs au cœur des relations sociales
 
Chapitre V À l’école du pouvoir d’agir
 
Conclusion Le souffle des communs sur l’enseignement

Le cœur de la problématique de l’ouvrage est la question des communs qui intéresse le monde de éducation depuis quelques années. La notion de communs a été remise au goût du jour par Elinor Ostrom, prix Nobel d’économie. Elle a montré que, pour certaines ressources, le meilleur gage de leur préservation était une gestion partagée et négociée. Ce mode de gestion se révèle parfois plus efficace que la propriété privée ou la propriété publique, par exemple, lorsqu’il s’agit de semences ou de ressources en eau.
Depuis quelques années, certains, comme le collectif SavoirsCom1, tentent de réfléchir aussi à la notion de communs pour les ressources culturelles et les savoirs - on parle alors de communs de la connaissance. En effet, introduire la notion de communs sur les connaissances permet de penser autrement les problématiques de diffusion et d’appropriation qui ont été bousculées par l’avènement du web et la numérisation des données.
Nous expérimentons cette notion dans notre enseignement de professeures documentalistes. En effet, avec les bouleversements liés au numérique, l’école interroge dans ses missions mêmes la question de l’appropriation collective du savoir.

Dans le premier chapitre nous abordons la question du web. C’est l’occasion pour nous de revenir sur l’histoire des plateformes numériques les plus utilisées et qui font, qu’on le veuille ou non, autorité : Google et Youtube. Nous essayons d’expliquer le renversement des autorités en cours depuis le développement du web : le mélange des sphères privée et publique, et la mise en place d’autorités non plus institutionnelles et politiquement établies mais économiques. Nous abordons aussi la question des données personnelles et de leur monétisation ainsi que la question de la présence numérique. Nous posons la question de l’accès aux connaissances imposé par ces plateformes du web qui donnent l’illusion du partage. Nous proposons ainsi des séances qui aident à une prise de conscience des élèves sur toutes ces questions afin d’agir sur le web en acteurs libres et autonomes.

Dans le second chapitre, nous abordons la question des médias d’actualité. Nous revenons sur leur histoire pour dessiner les nouvelles problématiques liées à leur présence en ligne. Nous expliquons les modes de financement des médias pour développer ensuite la question des fake news, ou infox, et la question du complotisme. Nous essayons de promouvoir un enseignement qui non seulement outille les élèves (recherche de preuves et démarche scientifique) mais qui guide aussi leur posture vers un désir de diffuser des informations vraies, de qualité. Cela passe par une prise en compte systématique de la notion de bénéfice collectif. Les séances que nous proposons s’appuient sur un travail sur des sujets de controverse qui obligent à apprendre à se décentrer, à débattre et à rechercher des consensus.

Dans le troisième chapitre, nous avons choisi de parler de la question culturelle. Les institutions culturelles, musées, bibliothèques, centres d’archives, se trouvent confrontées à des questions de propriété des œuvres. La numérisation du patrimoine culturel les pousse parfois à apposer des droits restrictifs sur des œuvres appartenant au domaine public, privant ainsi le public - dont les enseignants et enseignantes et les élèves - de leur accès. Nous revenons donc sur l’histoire du droit d’auteur et sur celle du domaine public.
Nous avons placé la question de la copie au cœur de ce chapitre. Depuis toujours, la copie est utilisée pour la transmission des savoirs. À l’école, nous avons besoin de ressources libres, pour la transmission de la culture, pour l’appropriation de celle-ci par les élèves, et pour les apprentissages liés à la publication. Loin des discours menaçants pour les droits d’auteurs, nous proposons donc de réhabiliter l’acte de copier dans les apprentissages avec le document de collecte ou la prise en compte de la culture émergente celle du remix et du mash up..

Avec la notion de copie, nous avons touché en profondeur la question du partage des savoirs qui nous tient à cœur. C’est la raison pour laquelle nous consacrons un chapitre, le quatrième, à ce point crucial en nous demandant si les savoirs existent sans ce partage et de quelle manière nous pouvons les faire vivre au sein des CDI dont nous avons la charge. Nous replaçons la question des savoirs en réseaux au centre de l’acte d’apprentissage. Pour y parvenir, nous commençons par étudier l’exemple de l’encyclopédie Wikipédia comme outil de construction collective de savoirs par l’activité constante de négociation. Nous proposons des séances d’étude et de publication sur l’encyclopédie en classe. Nous nous sommes demandé ce qu’il y avait de nouveau dans ces modes d’apprentissages plus horizontaux et en réseaux. C’est ainsi que nous avons été amenées à interroger la forme scolaire actuelle dans une perspective historique. Nous avons découvert qu’en France, d’autres formes scolaires ont existé, et qui perdurent, et dans lesquelles les élèves y apprennent les uns des autres. Hors l’école, nous proposons de revisiter ce qui se fait au sein de l’éducation populaire en nous arrêtant sur les réseaux d’échanges réciproques de savoirs de Claire Heber-Suffrin ; nous regardons également ce qu’il se passe du coté des bibliothèques tiers-lieux et des fablabs. Nous proposons des pistes pédagogiques que nous inspirent ces modèles pour faire de nos CDI, et plus largement des salles de classes, des espaces capacitants.

Enfin, de pas en pas, nous en arrivons à la question du « pouvoir d’agir ». A la suite du Conseil national du numérique, nous pensons que le pouvoir d’agir doit pouvoir être pensé collectivement. Nous cherchons alors à voir comment l’école peut permettre le développement de ce pouvoir d’agir, notamment en mettant en place des espaces, des lieux et des dispositifs qui facilitent l’apprenance des élèves, c’est à dire qui développent leurs dispositions à apprendre telles que la curiosité, la motivation et la persévérance. Nous proposons ainsi des temps d’apprentissages autodéterminés et fortuits qui viennent compléter les temps d’apprentissages dirigés qui se font dans le cadre des programmes scolaires et du socle commun. Les CDI des collèges et lycées sont les lieux privilégiés pour le développement de l’apprenance mais sans doute la problématique peut-elle s’ouvrir à d’autres lieux, d’autres enseignements.

Avec cet ouvrage, nous avons souhaité relier les diverses missions des professeurs et professeures documentalistes et des CDI dont ils et elles ont la charge. Nous ne faisons pas la promotion d’une posture pédagogique plutôt qu’une autre. Nous pensons que c’est dans la complémentarité des postures, des dispositifs et des approches, en assumant la complexité du monde qui se dessine, tout en nous reliant aux valeurs fondamentales qui ont toujours porté l’école, que nous pourrons porter une vision de l’école à la hauteur des enjeux démocratiques actuels.

Le sommaire ainsi que le chapitre consacré à la copie sont disponibles sur le site de C&F éditions : https://cfeditions.com/partage/

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