Créer et gérer un projet de grainothèque au CDI : pour qui, pourquoi ? 2018 : le lancement du projet

(actualisé le ) par François Priour

Grainothèque, mot nouveau, usage ancien : présenter le projet, préparer une visite de grainothèque d’un Jardin botanique.

Le mot grainothèque n’est apparu dans le dictionnaire Le Robert qu’en 2016, après l’apparition en France en 2013, d’espaces publics dédiés aux échanges de semences entre particuliers. Ces créations ont le plus souvent lieu en bibliothèque (voir Maurel, Denètre) mais ont aussi essaimé dans les CDI des établissements secondaires.

« Grainothèque : n.f. (de graine et -thèque). Lieu destiné à la conservation et à l’échange de graines. » (Le Petit Robert Illustré, 2018)

Si l’on suit cette définition en la déclinant comme d’autres mots en -thèque ( collection de…) on pourrait présenter deux genres de grainothèques : les Index seminum des Jardins Botaniques et les banques de graines à but conservatoire.
Lors de la présentation du projet, il nous a semblé nécessaire de citer ces différents types de collections de graines : en effet, conserver et échanger des semences permet de mieux appréhender la biodiversité sauvage et la baisse de la biodiversité cultivée, la coévolution entre les plantes et les hommes, et l’importance d’avoir accès à une ressource libre (différence entre les semences paysannes et le catalogue officiel des espèces et variétés : lire à ce sujet un article de Libération sur une action du groupe Carrefour).

Les Index seminum
Les membres de l’Association des Jardins botaniques de France et des pays francophones ont entre autres missions la constitution de banques de graines récoltées dans leur jardin, dans les espaces verts de la ville ou au sein d’un territoire donné (un département, une région, un écosystème particulier). Ces graines sont répertoriées dans des catalogues, les Index seminum, qui sont envoyés à tous les membres du réseau et à travers le monde (les villes jumelées, par exemple). Le jardin du Thabor à Rennes, qui vient de fêter ses 150 ans et a pour l’occasion ouvert sa grainothèque au public, possède environ 2000 échantillons de graines, en propose à l’échange 1300 vers 158 jardins. Il est intéressant de noter que des ateliers ont lieu régulièrement, notamment pour harmoniser les Index seminum et faciliter leur échange : une mise en commun avec des règles établies par les botanistes utilisateurs de ces catalogues. Il faut également noter un changement de vocabulaire, de graineterie à grainothèque.

« Les Index Seminum sont des éléments prépondérants dans le quotidien des jardins botaniques puisque c’est par ce biais que ces derniers enrichissent et diversifient leurs collections de plantes. De plus, ces documents enferment les informations relatives à la provenance des végétaux introduits par ce réseau international d’échanges de semences. » (Froissart et Tournay, Compte-rendu de l’atelier "Gestion des catalogues de graines", 2016.)

Pour impliquer et motiver les élèves des deux classes concernées cette année, nous projetons une visite de la grainothèque du Jardin du Thabor. Une séance est donc à mettre en place pour préparer cette visite.

Les banques de graines
Les banques de graines sont des collections réalisées à des fins de conservation de la biodiversité des plantes sauvages ou des espèces et variétés cultivées (céréalières, fourragères, potagères…)
On peut en citer quelques exemples :
La plus ancienne est celle de l’Institut Vavilov de Saint-Pétersbourg, fondée en 1894 et qui conserve plus de 366000 variétés végétales.
La banque mondiale de graines de Svalbard, sur l’île de Spitzberg, en Norvège et dans l’Océan Arctique, a été créée en 2008 et utilise les propriétés du permafrost pour la conservation des graines.
L’ Icarda (Centre international de recherche agricole dans les zones arides) avait créé une banque de graines à Alep, menacée en 2011 par la guerre en Syrie. Elle tente de se reconstituer aujourd’hui au Liban.
Dernier exemple depuis la Nouvelle-Zélande, des chasseurs de graines parcourent le monde pour récolter des graines de plantes fourragères (trèfles, luzernes…) pour les ovins et bovins.
Financement, conditions de conservation, réchauffement climatique, conflits armés, influence des industriels semenciers : les sujets de discussions sont très divers mais demandent de réelles connaissances et un regard critique pertinent. Une présentation de ces établissements pourrait être l’objet d’un atelier ou d’une séance spécifique.

Les grainothèques
La mise en place de systèmes de trocs entre citoyens, d’abord aux États-Unis (seeds lending libraries), puis en France depuis 2013, permet d’abord de s’affranchir de la mainmise de l’industrie agro-alimentaire sur les semences (production d’hybrides F1 non reproductibles, de graines OGM ou dépendantes des pesticides). Elle interpelle ensuite sur la disponibilité d’une ressource, la protection de l’environnement (usage des pesticides, jardinage biologique), la biodiversité sauvage et cultivée. Enfin, l’actualité de cette fin d’année 2018 nous alarme sur les menaces qui planent sur les populations d’êtres vivants (grands mammifères, insectes et oiseaux en particulier), sur la banalisation des variétés cultivées (disparitions d’espèces, de variétés ou de cultivars) et sur la nécessité de sauvegarder les ecosystèmes.
En France, deux réseaux associatifs importants contribuent à la création des grainothèques (plus de 500 fin 2018) : Les Incroyables Comestibles et Graines de Troc. Le principe est simple, basé sur la mise à disposition de graines dans un lieu donné mais aussi sur la production de semences paysannes qui alimenteront le dispositif. La grainothèque peut être alors indépendante du lieu qui l’abrite dans le sens où le public s’approprie ses règles de fonctionnement (règlement, recommandations…) et l’alimente par ses apports.
Cependant, Nicolas Beudon, conservateur des bibliothèques à Bayeux Intercom, inscrit les grainothèques comme collections atypiques lorsqu’elles ne s’arrêtent pas seulement à ce système de troc.
Au CDI, nous accompagnerons donc le fonctionnement en commun (règlement, conditions d’utilisation, public, système d’échange), d’applications pédagogiques, de constitution d’un fonds dédié (documentaires, albums), éventuellement d’ateliers, et surtout nous rédigerons, pour chaque espèce présente à la grainothèque, une fiche descriptive sous format PDF qui sera enregistrée dans le catalogue en ligne du CDI. La grainothèque sera donc une collection à part entière de la bibliothèque du CDI.

Gestion de la grainothèque : quelles possibilités, quelles limites ?

  • Initiateurs : professeurs documentaliste et professeur de technologie, aménagement et environnement.
  • Classes concernées : pour l’initiation du projet, les 4èmes et 3èmes SEGPA (exemplariser et coter les enveloppes de graines, rédiger et cataloguer les fiches espèces, semer grâce à l’espace serre et jardin de l’établissement)
  • Communication et historique :
    - avril 2018, mail à l’ensemble de la communauté de l’établissement (professeurs et personnels) du projet de grainothèque, avec des propositions de collaborations transdisciplinaires.
    - juin 2018, invitation aux membres de l’établissement à « récolter pendant l’été » et affichage en salle des profs.
    - septembre 2018 : séances 4èmes et 3èmes SEGPA
    - octobre 2018 : mail aux élèves et aux parents d’élèves : invitation à apporter ses graines au CDI. La communication du projet à l’ensemble des élèves et des familles devrait contribuer, pourquoi pas, à une participation intergénérationnelle : transmis avant les vacances d’automne, l’importance de cet appel pourra être évaluée d’ici la fin d’année.

Physiquement, la grainothèque est présente au CDI, mais les sachets de graines sont pour l’instant conservés au frigo après congélation pour lutter contre les ravageurs (notamment les charançons). Les graines seront ramenées au CDI lors de l’ouverture de la grainothèque au prêt.
Il reste maintenant à rédiger les fiches espèces et coter et exemplariser les enveloppes.
Un fichier tableur a été créé pour l’inventaire, selon le modèle suivant :

Les classes de SEGPA pourront emprunter des graines pour leur production (voir la charte de déontologie de Grainocréteil) pour le financement d’activités dont le voyage des 4èmes à Jersey.
Le chemin à parcourir est encore long, la graintothèque achève sa période de dormance et commence seulement à germer. Nous conseillons également la lecture de l’article de Stéphanie Cheval sur la construction d’un projet similaire :
Instaurer des moments de partage, pour faire entrer les parents à l’école, in Médiadoc, n°17, décembre 2016, pp. 24-27

Séances pédagogiques

Nous avons proposé deux séances aux classes de 4ème et 3ème SEGPA en collaboration avec leur professeur de technologie, aménagement et environnement. Après la présentation du projet, les séances ont été consacrées au classement et à la comparaison entre la grainothèque et la bibliothèque (4èmes) et à l’élaboration d’une fiche espèce type (3èmes). Les fiches pédagogiques sont disponibles en pièces jointes, ainsi que les documents distribués aux élèves.

Séance 4ème : présentation et définition, le classement, l’enveloppe de graines

  • Définition et objectifs de la grainothèque
  • Les mots en -thèque
  • Atelier classement (d’après Guillet, 2015)
  • Récolte de graines dans le jardin et les espaces verts de l’établissement

Bilan et commentaires :
Nous avons la chance de pouvoir travailler avec un effectif restreint (2 1/2 groupes de 8 élèves), 2 professeurs documentalistes et 1 professeur de discipline. De plus, nous pouvions moduler le déroulement de la séance sur les deux heures de temps disponibles, avec une fin de séance consacrée à la récolte de graines dans le jardin et les espaces verts aménagés de l’établissement.
En effet, il faut être attentif à la concentration et à la fatigue des élèves lors de la séance au CDI et consacrer un peu plus de temps aux périodes d’écriture.
Points positifs :
- séance du dictionnaire (recherche de mots, mots nouveaux dans une édition, suffixe) ;
- ateliers sur le classement
- recherche des mots en -thèque, comparaison grainothèque/bibliothèque.
Points négatifs :
- séance au CDI trop longue
- la notion de cote n’a pas été abordée, nous n’avons pas pu parler de la signalétique des enveloppes de graines : ce sera l’objet d’une prochaine séance.

Séance 3ème : Présentation et définition, créer un modèle de fiche "espèce"

  • Définition et objectifs de la grainothèque
  • Le classement au CDI
  • Définition d’une espèce
  • Se questionner sur une espèce botanique

Bilan et commentaires :
Le modèle de fiche type sera finalisé en classe.
Le questionnement aurait pu être accompagné par la lecture de fiches sélectionnées dans des ouvrages, revues ou sur des sites Internet spécialisés.
Une fois la fiche type réalisée, il faudrait également une séance consacrée à la recherche documentaire sur une espèce témoin.

Constitution d’un fonds documentaire

Au fur et à mesure de la croissance de la grainothèque, nous souhaitons proposer aux élèves et à la communauté éducative un fonds documentaire dédié à ce projet, et identifié physiquement au CDI.

Il faut d’abord pouvoir présenter aux élèves des documents techniques pour apprendre à faire ses récoltes, ses semis et comment conserver ses graines. Ces documents classés sous la cote Dewey 635.043 - multiplication des graines seront également une ressource utile pour la rédaction des fiches espèces.
Nous n’excluons pas non plus d’y ajouter des ressources numériques : cette recherche pourrait être le sujet d’un atelier ou d’une séance, avec pour objectif de recueillir des fiches techniques, des tutoriels vidéos...

Il existe aussi des livres de botaniques spécialisés sur le sujet des graines : nous les avons classé sous la cote 581.467 - botanique : graines. Certains sont accessibles au public adolescent (documentaire jeunesse) comme les Fabuleuses histoires de graines de Lionel Hignard (Belin), richement documenté et illustré. D’autres sont plutôt destinés aux enseignants et peuvent être ressources pour préparer des séances ou des ateliers. Dans Le triomphe des graines, le chercheur américain Thor Hanson nous propose ainsi un véritable cours de botanique à partir ... d’une célèbre barre au chocolat et à la noix de coco

Lecture d’albums

Durant le 2ème trimestre 2018, une collaboration avec la professeure de français de la classe de 5ème SEGPA a abouti à la lecture d’albums en classe de maternelle.
Les premières séances ont eu pour but d’aborder l’album par ses couvertures, puis par le lien entre le texte et l’image, pour que les élèves puissent choisir personnellement un album à lire à voix haute. Les autres séances ont été consacrées à la lecture proprement dite (petits échauffements, respiration, entrée en scène, lecture, vie de groupe – écoute, évaluation par les pairs. Cette année nous avons privilégié des albums jeunesse en rapport direct avec le thème de la graine ou des sciences naturelles (les albums plein d’humour de Tatsu Nagata et ceux aux illustrations stylisées d’Émilie Vast).

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bibliographie albums

Séance à préparer : consultation d’une flore ancienne

L’Association des anciens élèves de l’établissement gère sur le site du collège une Bibliothèque de livres rares et anciens, ouverte régulièrement à un public de chercheurs ou d’historiens, tout en restant entièrement disponible, sur demande, aux enseignants et à leurs classes. Ces dernières années certains élèves ont ainsi pu découvrir un exemplaire de l’Encyclopédie. La Bibliothèque conserve également en ses rayons l’intégralité des volumes de la Flore de France, Suisse et Belgique (édition de 1934) initiée par Gaston Bonnier. Si utiliser une telle flore demande une formation initiale en botanique (connaissance en anatomie), les planches en couleur (plus de 700) sont une mine d’or pour les futurs rédacteurs de fiches espèce. Une séance reste donc à prévoir pour préparer une visite de la bibliothèque et pour tirer le plus large profit de ce document .

Veille informationnelle, communication

La grainothèque est un projet culturel en construction : pour se développer, il est utile de mettre en place une veille informationnelle sur le sujet. En effet associations, médiathèques et centres de documentation communiquent régulièrement sur leurs projets : inaugurations, animations, ressources documentaires, ateliers avec intervenants... Deux outils principaux sont utilisés :

  • alertes Talkwalker :
    • mot clé : grainothèque
    • mail quotidien
    • identification pour gérer les paramètres
    • résultats : actualités, Twitter, blogs, forums

  • Twitter : Pour compléter les résultats de l’alerte Talkwalker, Twitter est un outil intéressant. Il donne la possibilité de faire une recherche sur le mot-clé #Grainothèque et de s’abonner aux comptes communicant sur le sujet (comptes de CDI de collège par exemple).

Sur Twitter on peut aussi partager ses ressources : ouvrages documentaires, albums liés au thème, actualités, sites Internet, articles ou documents PDF, suivant ainsi l’appel du site Eduscol lors de la Semaine de l’éducation au développement durable :

La communication du projet s’accompagnera d’articles publiés sous forme de feuilleton sur le blog du CDI du collège. Il y sera donc question de la présentation et de la progression du projet, d’articles thématiques à vocations culturelles, de compte-rendus d’ateliers ou de séances pédagogiques ou de la présentation de documents. La constitution du fonds documentaire et l’enregistrement des fiches espèces sur le catalogue en ligne du CDI peuvent être également considérés comme moyens de communiquer sur la grainothèque.

En conclusion

L’intérêt d’un tel projet est de pouvoir intéresser l’ensemble de l’établissement (élèves et communauté éducative) tout comme les familles, grâce à l’échange de graines. Il concerne pour l’instant surtout les deux classes de 4ème et 3ème SEGPA qui ont la charge de mettre en place la grainothèque.
L’intégration de séances pédagogiques (trans)disciplinaires nous semble primordial : à titre d’exemple, une collaboration avec une enseignante de mathématiques (calcul du pourcentage de germination) et de français (séquence Grandes découvertes en 5ème) avec la possibilité de présenter, sous forme d’un texte personnel, une plante du Nouveau Monde.
Il serait également intéressant de formaliser une collaboration avec les enseignants de SVT, notamment pour la séquence "peuplement des milieux" en 6ème.

Visite de la Bibliothèque des livres rares et anciens ou de la grainothèque du Thabor : autant de séances à préparer pour nos deux classes initiatrices du projet. Un moyen de toucher les autres élèves serait de proposer des ateliers thématiques, techniques (récolte et conservation des graines...) ou culturels (histoires de graines...)

Enfin, il faut continuer la mise en réseau des ressources (documents, séances pédagogiques) et mettre en place, pourquoi pas, des échanges avec d’autres CDI.

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